Haim BURSTIN
Une révolution à l'oeuvre
Le Faubourg Saint-Marcel (1789-1794)
Seyssel, Champ Vallon, 2005
Notice de Claudine Cavalier

Ce volumineux et passionnant ouvrage s’inscrit dans la continuité de la thèse que Haim Burstin avait consacrée en 1983 au plus célèbre faubourg populaire de la Révolution : Le faubourg Saint-Marcel à l’époque de la Révolution. Structure économique et composition sociale. La base des données réunies dans ce premier travail est ici enrichie du fruit d’un dépouillement systématique des archives parisiennes, mais aussi de toutes les sources repérables pouvant contenir des renseignements sur le faubourg. A partir du vaste corpus ainsi réuni, Burstin s’est attaché à faire revivre l’épopée révolutionnaire « à l’oeuvre » comme l’indique son titre, oeuvre qui s’accomplit à deux niveaux : dans les individus tout d’abord, dont la vie, le statut et parfois l’être même se trouvent transformés par le mouvement qui les emporte, dans la réalité concrète de la pratique politique locale ensuite, lieu qui voit alterner et interagir dans une dynamique complexe les moments soumis à l’influence de la politique nationale et ceux de la résistance à cette politique.
L’aventure révolutionnaire est suivie par l’auteur selon un plan chronologique qui lui permet de déployer toute la complexité d’une réalité collective riche et diverse. Car rien n’est simple ni mécanique dans l’évolution du faubourg et de ses habitants pendant ces années qui voient basculer l’ordre du vieux monde. Attentif avant tout aux processus mis en oeuvre dans cette évolution, Burstin montre comment cette zone de Paris, traversée depuis longtemps de contradictions multiples, vécut la Révolution selon son rythme propre, qui ne fut pas forcément celui de toute la France, ni celui de Paris dans son ensemble, pas toujours non plus celui qu’on attendrait. A la fois pauvre, connu pour son agitation endémique mais paradoxalement très soumis aux institutions ecclésiastiques, le faubourg Saint-Marcel ne se plaça pas d’emblée, à la différence de l’autre grand faubourg populaire, le faubourg Saint-Antoine, à la tête des mouvements de révolte puis du combat pour la démocratie. Loin s’en faut : il faudra attendre 1792 pour le voir se radicaliser de façon cohérente et acquérir l’ « identité pleinement révolutionnaire » qui est ensuite restée la sienne dans les mémoires. Encore cette identité ne fut-elle jamais simple ni claire. Au sein même du faubourg se firent jour très vite des clivages entre districts puis sections, tandis que la majorités de ses institutions de base demeuraient longtemps modérées, voire conservatrices ; ainsi n’y eut-il qu’un seul district, sur vingt-sept, pour signer en 1790 la pétition qui demandait l’abolition du cens électoral... Le ralliement progressif de la base militante du quartier à une dynamique plus audacieuse passa par le canal de l’anticléricalisme et de la haine des prêtres réfractaires, mais aussi et surtout par celui des angoisses populaires sur les subsistances. La hausse du prix du sucre en février 92, les émeutes et la répression qui s’ensuivirent constituèrent ainsi un moment clef de l’évolution révolutionnaire du faubourg, de même que les troubles du savon de l’été 93 et ceux de la « vie chère » en général de l’hiver 94. Mais la radicalisation ne fut jamais complète : le poids des sections modérées pesa toujours lourdement et entraîna la plupart du temps, après une période de division, un ralliement relativement rapide à la politique nationale, que ce soit lors de l’écrasement des enragés, lors du démantèlement de l’hébertisme ou en Thermidor.
Attentif aux variations des divers engagements collectifs comme à la diversité des expériences individuelles, joignant le sens des perspectives à celui du détail, Burstin brosse ainsi de main de maître un vaste tableau très vivant et riche en nuances de l’un des lieux les plus remarquables où s’incarna l’expérience révolutionnaire.
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Claudine Cavalier 1996-2007 |